VENDREDI 10 DECEMBRE 2004

Celle qui lit Voici

Et c’est parti pour la BAN week-end !

12h30 – Paris Gare de l’Est – Retrouvailles avec Zozo tandis que, 400 km plus au sud, Claire et Loïc se donnent rencard à Lyon et que, 400 km à l’est, Gé et John s’apprêtent à nous accueillir (enfin surtout Gé parce que John…).

Zozo et moi, étant chacun à une extrémité du train, finissons par nous rejoindre. Le train Corail est très beau et plus confortable qu’un TGV.
Dans le train, Zozo prouve qu’elle est une vraie meuf en sortant sa lecture de fille. Au programme Voici et Public. C’est certain que ça doit la changer de la Petite Gazette de Vincennes pour laquelle elle travaille. Moi je fais des maths et réussis à résoudre un problème qui me mine le moral depuis 2 mois. C’est ça aussi l’effet BAN week-end !

Par textos interposés, on fait croire à Claire et à Loïc que j’ai raté mon train. Si Loïc n’est pas dupe, en revanche Claire fait preuve d’une naïveté à toute épreuve et ne cesse de se prendre le chou périodiquement durant tout le voyage avec cette contrariété.

Arrivée à Choucrouteland

Après 4 heures de voyage, à peine avons nous posé un pied sur le quai de la gare de Strasbourg que Zozo et moi nous nous faisons agresser par un indigène pure souche (les Strasbourgeois n’ont pas de signes extérieurs d’Alsacitude mais leur accent les trahit quand même un peu). En gros, il nous reproche de nous être installés à la place qu’il avait réservée. Pour la petite histoire, sachez qu’il était confortablement installé dans le wagon fumeur, son paquet de Marlboro devant lui, les pieds sur le siège de devant, affalé à écouter de la musique… En fait, ça doit être un truc local ça de rouspéter pour le principe…

Mamie Gé est là qui nous attend. On file rapido à l’appart’ pour déposer nos affaires et boire un café.
Comme dans tout BAN week-end qui se respecte, nous faisons la connaissance d’un des conjoints de la petite bande. Cette fois-ci c’est Christian, le mari de Gé, qui s’y colle. Zoette et moi faisons des efforts surhumains pour ne pas l’effrayer d’entrée. Je crois que nous ne nous sommes pas trop mal démerdés…

Retour à la gare une demie-heure plus tard pour aller chercher Claire et Loïc. John nous rejoint sur ces entre-faits.

On se retrouve tous à l’appart’ autour d’un café et d’un stollen* (prononcez chtoleune - gâteau alsacien au massepain). Deux heures plus tard, l’heure de l’apéro sonne. Les hostilités sont ouvertes ! On ouvre les bouteilles de punch que j’ai amoureusement préparées la veille. Nous trinquons en nous regardant bien dans les yeux (c’est le nouveau truc à la mode ça !).
N’ayant pas voulu trop forcer sur l’alcool pour faire taire cette rumeur persistante qui colle à nos basques, Claire se dit fort déçue de ne pas sentir le rhum.

*NB : Je profite ici pour m’excuser auprès des Strasbourgeois de l’approximation orthographique des termes locaux que j’emploierai durant cette chronique.

Le salon est transformé en salle fumeurs. Y a que Lolo et Zozo qui ne fument pas. Lors du dernier week-end BAN, nous étions 50% de fumeurs, cette fois-ci nous sommes 70%. Les stats grimpent, grimpent… Lolo et Zozo font preuve d’un courage inouï en ne mouftant pas. Certes, au début nous aussi on a fait preuve d’un grand courage en allant fumer nos clopes dehors avec –15°C, mais vu que les maîtres de la maison sont les plus forts et qu’ils sont fumeurs, nous nous sommes pliés aux coutumes locales…

Histoires de caca

Après avoir siroté 3 litres de punch (soit près d’un demi-litre par personne), nous partons visiter Strasbourg en suivant le chemin des lumières qui illumine féériquement la vieille ville. Lolo s’arrête dans une petite baraque pour se prendre le traditionnel vin chaud à la cannelle. Claire n’arrête pas de se plaindre qu’elle a envie de faire pipi. Zoette ne dit mot… elle cuve déjà !

Christian – le mari de Gé – a réservé un restaurant typique dans le vieux Strasbourg (le quartier que l’on voit souvent en carte postale). C’est un Winstub (prononcez vinechtube). Alors ne confondons pas ! Il y a les Winstub et les Beerstub (prononcez birchtube). Non ! Ce ne sont pas de petits animaux endémiques, ce sont juste des restaurants typiques. Dans les Winstubs, on mange en accompagnant son repas de vin et dans les Beerstubs on mange en accompagnant son repas de bière.

Le spectacle n’a pas été dans nos assiettes mais plutôt dans la salle. Jugez plutôt. Après que nous nous soyons installés en salle NON FUMEURS (en fait on n’a pas eu le choix), un couple nous a rejoint à côté de notre table. Lui doit avoir la soixantaine bien frappée. Des lunettes sur le bout du nez, très très bedonnant, un air ahuri et des cheveux gris hirsutes. Elle, est un peu plus jeune. Certainement la cinquantaine. Un bustier noir avec un décolleté profond, assez maquillée et surtout une voix de canard. Un peu la voix de Gégétte épouge giquche (celle du Père Noël pas la nôtre) mais en plus aiguë. Durant le repas, la femme glousse, se plaint, tente de s’exprimer… En gros, à chaque fois qu’elle ouvre la bouche, toute notre table se retourne vers elle, tellement elle n’est pas discrète. Elle doit avoir beaucoup bue…

A la fin du repas, c’est soudain l’Apocalypse. La femme s’écroule sur la table en disant : « Miiiiiiin ge me chens pas bien… miiiiin ». Lui tente de la calmer et de la rassurer. Elle : « Oh la la ! Pfffffff… Miiiiiiiiin ». Lui se lève, va à ses côtés, se relève, nous regarde d’un air encore plus ahuri que précédemment. On lui aurait annoncé qu’il venait de lui pousser une troisième couille qu’il n’aurait pas eu l’air plus ahuri !
Il s’agite. Elle vagit. Plus elle vagit, plus il s’agite. Tant et si bien qu’à la fin, nous intervenons pour savoir s’il a besoin d’aide. Il nous dit qu’il ne sait pas quoi faire et qu’elle est toute mouillée (sic !). Alors que nous demandons s’il ne vaudrait pas mieux appeler un médecin, le garçon de salle nous fait signe que ce sont deux habitués et que la scène à laquelle nous assistons est « normale » (ils sont fous ces alsaciens !).

Pour la soulager, le type demande à ce qu’on apporte à la femme un Fernet Branca. Tu m’étonnes que ça va la soulager ! Mais peut-être pas comme il s’y attend. Perplexes et anxieux, nous nous demandons comment nous allons devoir gérer le vomi qui s’apprête visiblement à jaillir de la bouche de la malade.

Le type continue de s’agiter et de faire les cent pas dans la salle. Dès qu’il a le dos tourné, la femme ouvre un œil et, entre deux « Miiiiiiiiiiiiin », se précipite sur son verre et boit une gorgée en cachette. Pas folle la guêpe !

Gé a subitement une idée : et si on ouvrait la fenêtre pour lui faire un peu d’air ? Nous allions bientôt regretter amèrement les conséquences de cet acte simple qui s’annonçait pourtant salvateur…
En effet, dans sa crise de bourritude, la femme n’a rien trouvé de mieux à faire que… de se chier dessus ! Le courant d’air frais a alors ventilé dans toute la salle du restaurant une prenante odeur de merde qui aurait fait regretter à n’importe quel non fumeur de ne pas avoir choisi la salle non-fumeur. Aaaah ! Fallait nous voir tous régler l’addition précipitamment le nez enfoncé dans nos pulls !!!

Celle qui fait son Phil

Sorti rassasiés du Winstub, nous prenons la direction du Rétro, une boîte de nuit où travaille une copine de Gé qui lui a filé des invits. Malheureusement, il est minuit et demi et le tout Strasbourg semble s’y être donné rendez-vous. Vu l’ampleur de la queue, Gé et Christian décident de rentrer chez eux. Claire, Zozo, Lolo, John et moi baissons les bras quelques minutes plus tard après que John nous a dit que ça risquait d’être ambiance soirée Sardines.

Nous demandons alors à John de prendre en main la soirée et de nous faire visiter les bars de la ville. Il nous amène au Trou. C’est djeuns, sympas, de la bonne zik rétro... Zozo en profite pour nous montrer qu’elle sait super bien danser le djeuns, un verre de bière à la main.

Nos verres finis, on change d’adresse. Direction le C4 qui bénéficie d’une bonne réputation. Hélas, là-bas c’est blindé à mort. Claire fait sa grosse ronchonne. « Pffff c’est nase la musique ! Pfffff y a trop de monde ! Pfffff on peut même pas s’asseoir ! Pfffff… Pfffff… Pffffff ». Mais c’est la règle… A chaque BAN week-end, faut qu’il y en est un ou une qui ne soit jamais content(e)…

On traverse la rue et nous tentons une péniche dans laquelle John avait l’habitude de s’amuser lorsqu’il était plus jeune. Le John ayant vieilli entre temps, il y avait de fortes chances pour que l’ambiance ait beaucoup évolué… Ce qui a été le cas ! C’est ainsi que nous nous sommes retrouvés dans une boîte de caillera dans laquelle tu attends au bar 20 minutes (montre en main) pour commander tes consos. Claire est ulcérée lorsqu’elle s’aperçoit qu’on lui a servi un Bailey’s avec un doseur et qu’elle a payé 6 € pour n’avoir que 3 gorgées à boire. Elle rouspète, elle grogne, elle ronchonne, elle scrogneugneute puis elle finit par se lever excédée pour aller se plaindre comme quoi c’est un scandale, qu’à Lyon on ne fait pas ça, que Mâdâme a le droit à une double dose… etc… etc..

Pendant ce temps, Zozo fait sa pouf en dansant sur la piste. Elle aussi est excédée, mais pas pour les mêmes raisons que Claire. Elle est excédée par 4 lourdauds qui braillent tant et plus à 1 mètre d’elle. C’est vrai qu’ils font un peu peur…

Claire a eu raison de gueuler : le patron de la boîte vient lui offrir un autre Bailey’s en faisant des ronds de jambe. M’est avis qu’il devait avoir une autre idée derrière la tête…

A la faveur d’une alarme qui s’est déclenchée par erreur dans la boîte et qui réveillerait n’importe quel strasbourgeois profondément endormi après 25 picon bières, nous nous cassons de ce bouge et prenons la direction de l’appart’. En chemin, Zozo râle parce que les provinciaux ça avancent moins vite que les parigots. En plus il faut traverser à pied toute la ville, il fait froid, on a sommeil, etc, etc.

Celle qui enfile des pulls en guise de pyjama

Il est enfin l’heure de se coucher. John rentre retrouver sa douce chez lui. Zozo, Claire, Lolo et moi nous nous installons. Lolo dort dans la chambre (l’espace non-fumeurs), dans un clic-clac avec Zozo. Claire dort avec moi dans le salon, sur un matelas par terre.
Alors que je m’endors doucement après avoir déclaré ne pas avoir du tout sommeil et m’être cogné la tête dans la cloison en remontant mon oreiller, provoquant un grand BOUM qui fait sursauter Zozo et Lolo, Claire me sort de mon demi-sommeil.
- J’ai froid, me dit-elle subitement sur un air autoritaire.
- Mmmmmmh
- Pfffff fait froid.
- Mmmmmmh
- Il est où ton pull ?
Faut vraiment bien aimer Claire pour sortir de son sommeil et lui dire à 4h30 du mat’ où se trouve son pull à col roulé afin qu’elle l’enfile en guise de pyjama…

A SUIVRE…
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