Ceux qui, parmi vous, me connaissent bien l’ont peut-être pressenti depuis quelques temps, à partir de plusieurs choses que je leur ai dites sur mon amoureux. Mais ce soir, ma décision est prise : je dois le quitter. Ces dernières semaines ont un peu été chaotiques entre nous et, cédant plus à une impulsion qu’à une réflexion longue et sérieuse, je préfère que nous nous séparions.

Certes ce n’est pas de gaieté de cœur que je le fais, mais je préfère que nous en restions là plutôt que d’en arriver à une situation dramatique. Pourquoi m’exprimer sur ce forum avec un tel sujet ? Parce que vous êtes mes fidèles lecteurs depuis des mois et des mois et que je ne me sens pas le courage d’appeler quiconque pour en parler de vive voix. Vous êtes un peu ma Macha Béranger du net.

J’ai toujours eu beaucoup de mal avec les ruptures. D’habitude c’est moi qui me fais larguer. Là c’est le contraire. Je trouve que le renoncement est l’une des choses les plus difficiles qui soient dans la vie, mais à 37 ans passés il est peut-être temps que je prenne mon destin en main et que je ne perde plus mon temps avec un amoureux qui me fait finalement plus de mal que de bien.

A peine dis-je cela que les souvenirs affleurent : notre première rencontre, notre premier contact sensuel, puis ce doux sentiment d’appartenir l’un à l’autre. Que de bons moments passés ensemble ! Des nuits entières à faire la fête ou à partager des moments de solitudes, des soirées à regarder tranquillou la télé ou à manger ensemble… De moins bons moments aussi (plus de mon côté que du sien) : une présence excessive qui finissait par m’exaspérer, la forte impression qu’il n’en voulait qu’à mon porte-feuille, une intuition masculine qui me faisait dire que j’étais en danger avec lui…

Bien sûr je n’ai pas toujours été très facile à vivre et je dois bassement avouer que je lui ai été infidèle. Par égoïsme et par désir aussi. Désir d’aller plus loin avec d’autres que lui, désir de partager autre chose ailleurs, et puis désir de souffler, d’être tranquille sans l’avoir en tête en permanence.

Il fait tellement parti de mon quotidien que je redoute un peu les jours à venir. Ma solitude probable, le besoin de ne plus voir personne, de me replier sur moi-même. Surtout ne plus voir mes amis qui ne manqueront pas de me demander de ses nouvelles, de savoir où il est. Mes amis qui le trouvaient aussi si sympathique.

Je parle de mes amis, mais je pourrais aussi parler de ma famille. Ma sœur a été la première à l’accepter, puis mon père. Ma mère, elle, ne l’a jamais aimé. Elle le supportait, c’est tout. J’en ai d’ailleurs été toujours malheureux de cette situation. Je culpabilisais à fond de lui imposer un compagnon dont je sentais pertinemment qu’elle savait qu’il néfaste pour moi.

Dois-je lui écrire un lettre de rupture ou laisser tomber l’affaire négligemment comme si je devais tourner la page d’une longue histoire ? Je ne sais pas. Comment d’ailleurs commencerais-je une telle lettre ? « Mon amour » ? « Salut toi » ? « Mon cher et tendre » ? « Mon amour, ma déchirure » ?

Non, je crois que je vais me retirer de cette histoire sur la pointe des pieds. Lâchement. Nous nous sommes vus toute la journée d’aujourd’hui. J’ai fait comme si de rien n’était. Je n’ai rien changé à mes habitudes et n’ai rien laisser paraître de ce qui pourrait advenir demain. Là à l’heure qu’il est il n’en sait rien. Mais moi je sais.

Ce qu’il y a de plus terrible, c’est peut-être cette sérénité qui m’habite ce soir. Peut-être parce que je sais que ce que je fais là est ce qu’il y a de mieux pour moi. Je suis serein mais le cœur serré tout de même.

Demain, une longue journée de boulot m’attends. Je vais me saouler de travail, penser à autre chose, me vider la tête pour accueillir cette nouvelle période de ma vie. L’oublier, vite l’oublier…

Sot que je suis ! On n’oublie pas un grand amour. Il restera à jamais gravé dans mon cœur. Il faudra exorciser les endroits où nous avons vécu des choses fortes tous les deux, les moments intimes que nous avons partagés… Peut-être même sur mon lit de mort penserai-je encore à lui !

Mais, pour le moment, il est temps pour moi ce soir de cesser de penser à lui, d’écrire sur lui, de remuer tant de souvenirs. Faire comme si rien n’allait arriver. Demain tout sera terminé. Adieu mon mégot de clope, toi mon amour, ma déchirure…